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Nos événements 20/09/2021

« Développons avec l’Allemagne une identité européenne »

« Développons avec l’Allemagne une identité européenne »

Philippe Oddo est à la tête d’une banque franco-allemande. En 2016, il a acquis BHF-Bank, qui a donné naissance au groupe Oddo BHF, spécialisé dans la gestion d’actifs, la banque privée, et la banque d’investissement. Le dirigeant passe trois jours par semaine dans ses bureaux de Francfort.

 

LE FIGARO. - Qu’attendre des élections législatives du 26 septembre? 

Philippe ODDO. -Contrairement aux années précédentes, le débat porte davantage sur la personnalité des candidats que sur les idées et les programmes des partis. Olaf Scholz apparaît aux yeux des Allemands comme la personnalité la plus capable de gérer le consensus, qualité appréciée par les Allemands et qui a été un élément clé dans la réussite d’Angela Merkel. La chancelière a été capable de comprendre ce que son peuple voulait, ce qui lui a permis de rester seize ans au pouvoir et de garder encore aujourd’hui une popularité très élevée. De nombreuses alliances sont encore possibles entre les trois candidats favoris à la Chancellerie, en plus d’Olaf Scholz.

 

L’Allemagne est-elle prête à s’engager davantage en Europe? 

Le pays a approuvé le plan de relance européen de 750 milliards d’euros, ce qui représente un changement radical de la politique allemande. Angela Merkel a senti que les Allemands, très sensibles aux difficultés des Italiens au début de la pandémie, étaient favorables à la solidarité européenne. Ce n’est donc pas seulement elle qui a changé de cap, mais l’opinion publique. De façon générale, les Allemands sont convaincus que leur avenir passe par une relation forte avec la France pour continuer à construire l’Europe.

 

Les deux pays sont-ils toujours le moteur de la zone euro? 

Les chiffres montrent que l’Europe passe par l’axe franco-allemand. À eux deux, France et Allemagne représentent 150 millions d’habitants, pèsent 65 % de la capitalisation boursière de la zone euro et près de 50 % de son PIB. L’intérêt de cet axe est en outre culturel. Quand les Français et les Allemands trouvent un accord, les pays de culture latine, comme l’Italie et l’Espagne, y adhèrent car ils estiment que celui-ci sera aussi adapté à leurs besoins. À l’inverse, les pays du Nord sont rassurés par la prudence allemande. La France et l’Allemagne sont de plus complémentaires, notamment au niveau de la conception de nouveaux projets. À titre anecdotique, chez nous, où l’audace est plus forte, le concept, écrit avec C, est une idée que l’on peut décrire au dos d’un ticket d’un métro. Outre-Rhin, le Konzept, écrit avec un K, est un projet qui a été étudié dans les moindres détails, recensant toutes les étapes et ressources nécessaires pour le mettre en œuvre. La combinaison de ces deux concepts C et K fonctionne très bien.

 

Comment renforcer la coopération entre les deux pays? 

Aujourd’hui, les échanges de personnes entre la France et l’Allemagne sont trop peu nombreux. Seuls 2 % des étudiants étrangers présents en Allemagne viennent de France, et 2 % des étudiants étrangers en France viennent d’Allemagne. L’enjeu est pourtant essentiel. Nous militons pour le développement, à l’échelle européenne, d’un service civique européen. Le système devrait être incitatif afin de pousser tous les jeunes, et pas seulement les étudiants, à passer un an dans un autre pays de l’Union. Cela permettrait de donner une deuxième chance aux jeunes que notre système éducatif n’a pas su accompagner, et d’apporter une flexibilité au marché du travail à l’échelle européenne. Ces échanges permettraient de créer une véritable identité européenne et de renforcer la construction de l’Union.


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