Ne pas perdre de vue l’objectif dans le « brouillard de la guerre »
Il est essentiel que les investisseurs restent concentrés sur leurs objectifs long terme tout en tirant parti des opportunités offertes par les mouvements de marché court terme.
Laurent Denize – Co-directeur des investissements chez ODDO BHF
La confrontation militaire entre les États Unis, Israël et l’Iran s’est rapidement étendue à d’autres pays du Moyen Orient. L’Iran a répondu aux attaques ciblées menées par les États Unis et Israël contre le leadership politique et militaire de Téhéran par une série d’actions de représailles. Les attaques visant des bases militaires américaines, des installations touristiques et surtout des infrastructures énergétiques, ont été particulièrement sévères. Le blocage du détroit d’Ormuz a perturbé l’un des points de passage les plus stratégiques pour le transport mondial de pétrole et de GNL. La flambée immédiate des prix du pétrole et du gaz a montré à quel point les marchés réagissent fortement aux risques de rupture des approvisionnements. Après une semaine de conflit, le prix du Brent a dépassé le seuil symbolique des 100 dollars US.
Malgré l’escalade géopolitique, les baisses des marchés boursiers mondiaux sont restées limitées dans un premier temps, mais elles se sont accentuées lorsque la perspective d’un conflit prolongé a encore fait grimper les prix du pétrole. Les régions fortement dépendantes des importations d’énergie et donc vulnérables aux chocs de prix, comme l’Asie et particulièrement la Corée du Sud, ont été les plus touchées. Parallèlement, la demande pour les valeurs refuges a nettement augmenté : le prix de l’or a atteint un nouveau record, le dollar US s’est apprécié et les rendements des obligations d’État ont progressé en raison de nouvelles craintes inflationnistes, clôturant la première semaine du conflit avec de lourdes pertes. Cela signifie que l’on ne s’attend plus à de nouvelles baisses des taux.
Impact des conflits militaires limité dans le temps
L’évolution du conflit reste incertaine. Historiquement, les guerres ont souvent duré plus longtemps que prévu. Pour les investisseurs à long terme, dont nous considérons faire partie, il est rarement judicieux d’éviter complètement le risque. Il s’agit plutôt de saisir les opportunités générées par les mouvements de marché dans un contexte volatil, en cohérence avec ses objectifs d’investissement de long terme. La hausse des prix de l’énergie pèse indéniablement sur l’économie mondiale. La question de savoir si elle peut déclencher une récession dépendra de la durée pendant laquelle ces prix resteront à des niveaux préjudiciables à l’économie. Ces éléments influenceront très probablement le déroulement et la durée du conflit. Par ailleurs, l’histoire montre par expérience que l’impact des conflits militaires sur les marchés actions est souvent temporaire : dans de nombreux cas, les marchés se normalisent environ trois mois après le début d’un conflit. Dans le « brouillard de la guerre » actuel, il est essentiel pour les investisseurs de ne pas perdre de vue leurs objectifs de long terme.
Tant que le conflit demeure régional et que son impact économique reste limité, les moteurs fondamentaux de long terme des marchés de capitaux — progrès technologique, solidité des résultats des entreprises et politique monétaire accommodante — devraient rester globalement intacts. Dans le même temps, des facteurs à court terme continuent de soutenir la croissance et peuvent compenser les effets négatifs de la guerre avec l’Iran. Dans l’Union européenne, et particulièrement en Allemagne, de vastes programmes d’investissement publics produisent déjà leurs effets ; aux États-Unis, des réductions d’impôts apportent un soutien supplémentaire à l’économie. Les investissements continus dans l’intelligence artificielle demeurent également un moteur puissant pour les marchés actions.
En matière d’inflation, les hausses de prix se concentrent pour l’instant sur le secteur énergétique. Les anticipations d’inflation restent maîtrisées. Néanmoins, la Réserve fédérale américaine devrait attendre avant de procéder à de nouvelles baisses de taux, notamment en raison des effets potentiellement inflationnistes des nouveaux droits de douane. Toutefois, un report ne signifie pas un abandon : la politique monétaire pourrait rester accommodante et favorable. La Banque centrale européenne se trouve dans une situation similaire. Elle devra surveiller de près les prix de l’énergie pour éviter un choc inflationniste comparable à celui observé en 2021 et 2022. Cependant, tant que la hausse des prix reste temporaire et qu’aucun signe d’effets secondaires n’apparaît, une hausse de taux cette année semble peu probable.
Profiter des replis de marché
Dans l’environnement géopolitique actuel, il est essentiel que les investisseurs restent concentrés sur leurs objectifs de long terme tout en tirant parti des opportunités offertes par les mouvements de marché à court terme. En matière d’actions, l’évolution des prix du pétrole et du gaz est cruciale pour la sélection des titres. À court terme, cela favorise les actions américaines, moins dépendantes des importations d’énergie. Même si des corrections restent possibles compte tenu des valorisations élevées, nous considérons les baisses sur nos valeurs préférées comme des opportunités d’achat. Les puces mémoire restent intéressantes car les centres de données ont besoin d’énormes quantités de DRAM, en particulier de HBM (mémoire à bande passante élevée). À l’inverse, certains éditeurs de logiciels excessivement pénalisés pourraient valoir la peine d’être rachetés. En Europe, des opportunités se présentent également dans les secteurs bénéficiant des programmes de relance, comme les infrastructures et la défense. Dans le secteur bancaire, nous trouvons également les établissements européens moins impliqués dans le crédit aux infrastructures d’IA, plus attractives que les valeurs financières américaines.
Dans l’univers obligataire, les spreads des obligations spéculatives à haut rendement (high yield) ont commencé à s’écarter, tandis que le segment de qualité investment grade fait preuve d’une plus grande résilience. Nous restons constructifs sur les obligations IG à maturité longue, en raison de fondamentaux solides, mais demeurons plus prudents sur les obligations high yield de maturité longue, la volatilité s’étant accrue et les primes de risque compensant à peine les risques. D’un point de vue rendement/risque, nous continuons de privilégier les segments investment grade et high yield de maturité courte, compte tenu d’un potentiel de baisse limité. À court terme, nous privilégions le dollar US comme couverture contre les facteurs de risque géopolitiques, mais nous prévoyons de limiter ce pari en achetant des options d’achat euro/dollar au cas où le conflit prendrait fin plus rapidement que prévu.
Conclusion
Ces opinions ne sont pas définitives et peuvent évoluer rapidement dans un environnement particulièrement volatil. Des prix de l’énergie durablement élevés, une escalade ou un dénouement imprévisible du conflit militaire dans le Golfe pourraient être des signaux pour réajuster les portefeuilles. Cela n’est pas encore visible, mais dans le brouillard de la guerre, il est important de ne pas se précipiter et de rester flexible face à un environnement en mutation.
La performance passée n’est pas un indicateur fiable des rendements futurs et est sujette à des fluctuations dans le temps. La performance des investissements en devises étrangères peut augmenter ou diminuer en raison des fluctuations des taux de change. Les pays émergents peuvent être confrontés à davantage de défis politiques, économiques ou structurels que les pays développés, ce qui peut entraîner un risque plus élevé.
Avertissement
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