Beaucoup de bruit, mais pas de signal clair

Perspectives d'investissement
18.02.2026
5 Minutes
    Laurent Denize
    Laurent Denize
    Chief Investment Officer of ODDO BHF Asset Management & Group co-Chief Investment Officer

Combinée aux politiques monétaires et budgétaires favorables, la poursuite de la reprise économique reste propice aux actions.

Laurent DenizeCo-directeur des investissements chez ODDO BHF 

Les investisseurs n’ont pas pu reprendre leur souffle en ce début d’année. Ils ont dû en effet digérer une avalanche de nouvelles fracassantes, de l’intervention militaire au Vénézuéla aux nouvelles menaces de droits de douane contre les partenaires commerciaux européens des États-Unis. Certes, de nombreux investisseurs sont désormais habitués à la valse-hésitation continuelle des annonces médiatiques et ont rapidement repris le cours habituel des affaires dès l’apparition des premiers signes de stabilisation. Il n’empêche que dans un environnement de marché volatil, toute nouvelle information est scrutée de près, car elle peut être le signe d’un pivot durable sur les marchés des capitaux. Cela crée souvent beaucoup de bruit sans pour autant éclaircir réellement la situation — et la volatilité bondit dans la foulée. Pour les investisseurs ayant une vision à long terme, souvent, il s’agit d’identifier les signaux pertinents et d’y répondre en conséquence. Cette année devrait graviter autour de trois thèmes :

  • Intelligence artificielle (IA) : qui sont les gagnants ? Qui sont les perdants ?
  • La politique monétaire restera-t-elle accommodante ?
  • L’économie insufflera-t-elle d’autres vents favorables aux marchés ?

Intelligence artificielle : gagnant ou perdant ?

L’IA reste un moteur majeur des marchés financiers, avec à la clé des effets positifs et des effets négatifs. Le succès démesuré de l’émission obligataire d’Oracle (25 milliards de dollars) montre que les investisseurs restent disposés à financer le développement massif des infrastructures d’IA. Dans le même temps, le cours des actions de géants de l’IA et des fournisseurs de services cloud comme Amazon, Microsoft et Alphabet a reculé après des annonces de nouveaux programmes d’investissement. Les investisseurs en actions veulent désormais des réponses plus claires sur la façon dont ces infrastructures seront monétisées, car ces éléments permettront de distinguer les gagnants des perdants au bout de la course à l’IA. Récemment, le lancement du nouvel agent IA d’Anthropic a fait dévisser certains titres du segment des logiciels. Nombre d’applications logicielles sont en effet remises en question par l’apparition d’agents d’IA qui, de plus en plus, effectuent directement leurs tâches. Pour notre part, nous ne pensons pas que les logiciels d’entreprise vont être complètement remplacés. En revanche, le secteur devrait se scinder davantage : les entreprises qui sauront adapter leurs produits gagneront des parts de marché, tandis que les autres resteront à la traîne. Pour les investisseurs sélectifs, la récente correction pourrait donc présenter des opportunités d’achat.

Côté matériel informatique, le secteur des puces mémoire bénéficie de la hausse de la demande pour l’inférence de l’IA. La poignée de fabricants dans le monde capable de produire les puces haute performance nécessaires voit donc ses marges s’améliorer nettement. Dans le même temps, le bond de la demande met sous pression les fabricants traditionnels de matériel, qui peinent souvent à se procurer leurs composants face à la concurrence des « hyperscalers » de l’IA. La hausse des prix pourrait allonger le cycle de remplacement des appareils terminaux et ralentir la croissance globale du marché. Le temps où tous les titres technologiques bénéficiaient indistinctement de la manne de l’IA est donc révolu. Les périodes d’incertitude produisant souvent des signaux trompeurs, il est difficile de distinguer clairement les gagnants des perdants de la chaîne de valeur. Il reste donc crucial de se diversifier et de tirer parti des surréactions à la baisse du marché pour investir dans des entreprises aux fondamentaux solides, y compris dans le secteur technologique.

Politique monétaire : ferme ou conciliante ?

La nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale américaine (Fed) a fait immédiatement réagir les marchés. Nombre d’investisseurs le considèrent comme un décideur politique traditionnel dont la priorité est de combattre l’inflation. Résultat : le dollar s’est raffermi, et l’or, acheté jusqu’ici pour se couvrir contre l’inflation, a fortement dévissé. Il n’est toutefois pas du tout certain que Monsieur Warsh s’opposera à de nouvelles baisses de taux. Selon lui, les gains de productivité acquis grâce à l’IA pourraient faire baisser l’inflation, et donner ainsi davantage de souplesse à la Banque centrale. Nous continuons donc d’attendre au moins deux baisses de taux cette année. Pour notre part, il nous intéresse davantage de savoir si la Fed va commencer à réduire son bilan en diminuant le nombre d’obligations qu’elle détient. Une telle décision créerait de la volatilité sur les marchés et pourrait faire monter les taux obligataires à long terme. Dans l’ensemble, toutefois, la politique monétaire devrait rester favorable aux actions, en particulier aux États-Unis. Nous conservons donc notre position vendeur sur le dollar US vs l’euro.

L’économie : en hausse ou en baisse ?

L’économie reste porteuse de vents favorables. L’an dernier, les États-Unis ont inscrit de meilleurs résultats qu’attendu, amenant les analystes à revoir à la hausse les prévisions de croissance. En Europe, la reprise a jusqu’ici été essentiellement portée par des pays comme l’Espagne et la Grèce, économies auparavant considérées comme à la traîne. Si le programme allemand de dépenses financées par la dette, initialement accueilli avec enthousiasme par les marchés, ne s’est pas encore traduit en données économiques solides, la situation commence toutefois à changer. En décembre, les commandes industrielles allemandes ont progressé de 7,8 % par rapport au mois précédent. Le secteur de la défense a bénéficié en partie des contrats gouvernementaux, mais d’autres industries ont elles aussi montré les premiers signes d’amélioration. Les exportations avaient également fortement augmenté à la fin de l’année. Ces évolutions pourraient raviver l’intérêt pour les actions européennes. De leur côté, les marchés émergents continuent de contribuer de manière significative à la croissance mondiale. Enfin, si les titres de valeur cycliques ont récemment bénéficié de la reprise, notre analyse suggère que les titres de croissance pourraient prendre le relais.

Conclusion

Combinée aux politiques monétaires et budgétaires favorables, la poursuite de la reprise économique reste propice aux actions. Concernant les obligations, nous maintenons notre positionnement neutre sur la duration et recommandons des échéances plus courtes sur les obligations d’entreprises au vu des spreads déjà serrés. Par ailleurs, nous considérons les récents décrochages des matières premières et de l’or comme des opportunités d’achat. Enfin, gardons l’œil sur une tendance en hausse : les énergies renouvelables, qui reviennent sur le devant de la scène.

La performance passée n’est pas un indicateur fiable des rendements futurs et est sujette à des fluctuations dans le temps. La performance des investissements en devises étrangères peut augmenter ou diminuer en raison des fluctuations des taux de change. Les pays émergents peuvent être confrontés à davantage de défis politiques, économiques ou structurels que les pays développés, ce qui peut entraîner un risque plus élevé.

Avertissement

ODDO BHF AM est la branche de gestion d’actifs du Groupe ODDO BHF. Elle est la marque commune des quatre sociétés de gestion juridiquement distinctes ODDO BHF AM SAS (France), ODDO BHF AM GmbH (Allemagne), ODDO BHF  AM Lux (Luxembourg) et METROPOLE GESTION (France). Les opinions émises dans ce document correspondent aux anticipations de marché de ODDO BHF ASSET MANAGEMENT SAS au moment de la publication de document. Elles sont susceptibles d’évoluer en fonction des conditions de marché et ne sauraient en aucun cas engager la responsabilité contractuelle de ODDO BHF AM SAS. Il est rappelé que les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps. Avant d’investir dans une quelconque classe d’actifs, il est fortement recommandé à l’investisseur potentiel de s’enquérir de manière détaillée des risques auxquels ces classes d’actifs sont exposées notamment le risque de perte en capital. L’investissement doit s’effectuer en fonction de ses objectifs d’investissement, son horizon d’investissement et sa capacité à faire face au risque lié à la transaction<

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    Laurent Denize
    Chief Investment Officer of ODDO BHF Asset Management & Group co-Chief Investment Officer
    Laurent Denize